Archive pour la catégorie ‘Papa déblogue complet’ Catégorie

Musique pépère

Baby FeetOn a cette voix fraîche comme eau de roche, ce timbre aigu de gamine. On a cette voix de jeune fille qui n’aurait jamais su faire de caprice, cette voix devant laquelle on cède, comme ça. On n’est pas de ces femme- enfants qui vous font leur crise de la quarantaine avec dix ans d’avance.

On toujours jusqu’à aujourd’hui a eu sa voix de jeune fille. Sauf hier. Hier,  on m’a dit, nom de dieu, de baisser le volume de ma symphonie du nouveau monde d’Anton Dvorak, grâce au quel, ceci dit, je dérivais loin de tout, c’est-à-dire de son épisode de Friends, que soi-disant elle ne pouvait s’écouter avec ce casque de professionnel du casque

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Une vérité d’or en liquide

Baby FeetOn m’apprend que je vais être papa. Alors, après avoir songé à cet ami stéphanois qui fit rejeton à sa Fran, à cause de son vice tout sicilien pour ces frimousses de futures mater dolorosa, de son penchant pour les brunes piquantes aux saveurs sucreuses mais à l’avenir inévitable de piétas insupportables, après, tout naturellement, je me suis demandé ce que j’allais devenir, car, c’était désormais entendu, ma vie venait de virer à cent quatre vingt degrés. Alors et quoique commençant par rassurer mon amour, avec un de mes airs péremptoires préférés qui lui fait craindre le pire, sur l’impossibilité  que cette part d’improbable puisse entraîner  quelque couac dans notre symphonie  parfaite, alors, tout en débutant ma carrière de père irresponsable sur ce mensonge par omission, les méninges je me taraudais, comme joueur de poker contraint à la manille découverte, dentiste réduit à la roulette, les méninges jusqu’à la méningite je me démangeais, au sujet de cette vie toute neuve à roder au plus vite, de cet autre moi qui déjà m’attendait de pied ferme avec son air menaçant de môsieur je sais tout et ses puérilités puerpérales  pour magazines féminins.

Alors, comme  au temps ou certain chicôtier croate me chicotait la denture en me faisant chiquer le sang d’une manière peu déontologique, je n’en menais pas large. Et en vérité, j’avais très peur pour mon avenir, ma santé que je savais fragile et tout le reste qui était à l’avenant.  Et en vérité, j’avais trop peur que mon corps ne se déforme au point de finir pareil à une immense baudruche humaine, puisque ce phénomène aussi, c’est désormais entendu,  guette celui qui commencerait de se bourrer le mou immédiatement après s’être avalé la pilule de sa paternité, comme ça sur le pouce.  Puisque ce phénomène se produisit sur la chétive personne de mon ami Molina lequel, à force de se passer les neurones à la moulinette avec toute une somme de soucis existentiels à propos de ce qui précisément n’existait pas, fit entrer sa grossesse nerveuse dans le Rider’s digest.

J’avais très peur de connaître le sort de cet ami régisseur de cinéma qui finit, avachi dans la limonade, à vendre sans trop y croire ses eaux de régime. Si son exemple devait me marquer au fer rouge, c’est que jamais je n’aurai seulement supposé qu’un régisseur de cinéma eût pu  se laisser impressionner à l’avance par les caprices d’un nourrisson. Le régisseur de cinéma, quand même, c’est fondé sur le don de soi par excellence, c’est presque un idéal de servitude, quelque chose de précieux et souvent en pure perte. Le régisseur de cinéma, ça tient du majordome anglais dans les romans de Forster, ça se situe entre le maréchal des logis et le magicien fauché, c’est une sorte de superintendant mais taillable et corvéable à merci par tout un tas de roitelets, des dénicheurs de plage déserte pour marchands de sable un peu mazouté.

Les régisseurs de cinéma selon mon cœur, ont tous la petite quarantaine, la gueule et le tempérament des héros de polar des années soixante-dix, ils jactent l’argot et citent Aragon, ils ont fait de longues études pour se retrouver dans la mouise ou les ont écourté pour faire dans la menuise, ont plus d’un tour dans leur manche et les poches pleines des romans de Manchette, ils s’avalent des idées comme les cacahuètes à l’apéro, se mouchent leurs nez camus avec les mains sales de Sartre Les régisseurs de cinéma et surtout ceux qui ont eu à louer tout ce qui se pouvait concevoir en matière de location, d’un bridge d’australopithèque au premier tricycle d’Eddy Merckx, en passant par une testa rossa rouillée en titane du Titanic ou un carrosse mouillé par un petit âne pris de panique, ces régisseurs-là ne pouvaient décemment agir de façon à montrer au grand jour qu’ils se faisaient du mouron au sujet du prix des couches, qu’ils s’inquiétaient  pour  la qualité des laits maternels.

Ces régisseurs-là  qui, quand même, étaient gens suffisamment dérangés pour bourlinguer jusque dans les bourgades les plus bourrues de Haute-Corse, battre les chasses gardées de toutes les guérillas, zoner la friche industrielle la plus chichement industrialisée, courir tous les no man’s land du monde, ceux-là qui au cours de toutes années de catéchumène inhumain avaient au moins appris à rester humbles devant la création, ceux -là pouvaient se chopper un zona, tout ça rien qu’à cause de ce petit projet de progéniture.  Les régisseurs de cinéma et surtout ceux selon mon cœur, qui comme Molina ont mouliné sur des documentaires pas très œcuméniques, merde, normalement ça devrait finir par ne plus s’affoler de rien. Et là, justement non. Et là, justement, voilà que ça vous fait mentir, que ça se met aux chips comme la viande de drive- in, aux crackers comme les vieux tapins de Stalingrad. Et là, tiens, voilà que ça vous flanquerait par terre toute votre petite échelle de valeurs personnelle…

On m’a donc appris ma paternité prochaine. Bien sur je ne me suis douté de rien. Même quand on a voulu faire valider un vieux loto de l’avant veille, chez un pharmacien à chien-loup de Louveciennes. Après tout peut-être qu’on a raison. Peut-être que je suis vraiment distrait, comme un Pierrot le fou un peu trop bleu, un peu couillon de la lune à Saint-lunaire. On m’a appris ma paternité prochaine après, que je sache, un jet d’urine sur une tige absorbante. Une révélation juste et humide. Une vérité d’or en liquide. Un test de Rorsach à l’eau de rose…

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L’annonce faite au mari

Baby FeetOn m’apprend que je vais être papa. Alors ça alors. Alors il y a ce grand vide qui se fait entre mes deux oreilles, ce grand silence auto-nettoyant, le souffle de la tempête un certain Noël 99, le froissement de quatre- vingt feuillets mobile en colère, un de ces hourvaris Victor hugoliens,  un de ces débats fracassants sous le crâne, et aussitôt, la mer étale après le mascaret, l’amer du mal après la mascarade. Aussitôt, c’est comme si je m’étais senti, Gulliver et vermine Lilliputienne, géant vert et nain jaune, colosse de Rhodes et gugusse de Rodez.

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